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Autopsie des fantômes : Y a-t-il vraiment quelque chose de consistant au bout du scalpel de Philippe CHARLIER ?

Le livre de Philippe Charlier semble avoir beaucoup énervé Mallory Clément, notre chroniqueur et chercheur en parapsychologie.

Il nous livre ici une critique au vitriole de ce livre qui a, lors de sa sortie, bénéficié d’une couverture presse particulièrement avantageuse.

« TRÈS NETTEMENT, LA PARAPSYCHOLOGIE (OU LA MÉTAPSYCHIE) TOURNE AUTOUR DU SEXE… »

PHILIPPE CHARLIER

Sous couvert de scientificité, les parapsychologues du XIXe faisaient-ils dans l’érotisme ? Les parapsychologues du XIXe siècle pratiquaient-ils des activités insolites avec leurs médiums dénudées ? Que se passait-il vraiment dans les salles obscures de l’IMI ? Les fantômes sont-ils vraiment indissociables du spiritisme ?

Éléments de réponse dans le cadre de cet article critique.

Je ferai volontairement l’impasse sur certains chapitres comme ceux consacrés aux sœurs Fox ou encore aux fées deCottingley ou aux fantômes Japonais car se sont des thématiques archiconnues.

 

Mallory Clément : de la rigueur au vitriol…

 Quelques mots avant d’entrer dans le vif du sujet

En qualité d’enquêteur du paranormal, j’attendais peut-être un peu trop de ce livre et j’espérais que cet ouvrage allait apporter de nouveaux éléments dans le cadre d’une sociologie de l’anomalistique, impulsée en France par Renaud EVRARD[1].

S’il est vrai qu’on ne doit pas juger un auteur sur la couverture de son livre ; il faut avouer que le titre attire le regard et questionne. Je m’attendais vraiment à ce que M. CHARLIER décortique le « fantôme » tant les phénomènes deshantises, des poltergeists et des apparitions sont fascinants. Je m’attendais vraiment à ce que l’auteur nous montre ce que les fantômes ont dans « le ventre », d’autant plus que la quatrième de couverture affirme que c’est une « enquêteinédite ».

En effet, en médecine, le but d’une autopsie consiste à déterminer précisément les causes de la mort d’une victime. Et, au-delà de la cause, la pratique d’une autopsie demande également une excellente connaissance technique del’anatomie humaine.

Si on transpose les termes d’une autopsie dans le cadre des « fantômes », le lecteur est en droit d’attendre un ouvrage anthropologique rigoureux, technique, couplé à une analyse pertinente du phénomène.

Ainsi la question qui se pose est la suivante : Philippe CHARLIER joue-t-il bien du bistouri quand il s’attaque aux « esprits » ?

Le livre en lui-même

311 pages, mais dans la réalité 150 pages tant l’auteur fait du remplissage au travers de copiés-collés d’extraits d’ouvragesqui peuvent s’étendre sur plusieurs pages de différents auteurs (Hugo, Kardec, coupures de journaux, redites des travauxde Philippe Baudouin au sujet du nécrophone et des tentatives des savants de communiquer avec l’au-delà…).

On ne sent pas vraiment la présence de l’auteur dans cet ouvrage si ce n’est un regard amusé sur la parapsychologie et un traitement très léger du sujet.

Confusion entre le surnaturel et le paranormal

Même si on sait que l’auteur n’est pas responsable du titre est que le choix repose sur l’éditeur, l’usage du mot surnaturelrenvoie de facto aux mythes, histoires et légendes.

Or, le travail scientifique qui s’impose par rapport aux études des anomalies et de prendre de la distance par rapport aux interprétations psycho-sociologiques de ces phénomènes.

Par définition, le surnaturel n’est pas testable par la science car il n’appartient pas aux lois de la nature.

A contrario, les phénomènes dits « paranormaux » semblent appartenir aux lois de la nature alors que leurs modèles théoriques nous échappent actuellement.

Ainsi, même si on n’en comprend pas la mécanique, ils sont testables scientifiquement et leurs études peuvent répondreau critère de réfutabilité de POPPER.

Bien que les phénomènes connexes comme les apparitions et les poltergeists semblent élusifs à la rédaction de cet écrit, la science n’ignore pas les faits et c’est ce qui fait le cœur de la recherche en parapsychologie.

Fantômes, synonyme d’esprits et de revenants ?

Ce qui est étonnant dans cet ouvrage, c’est que l’auteur ne définit pas son sujet. Je m’explique.

À la rédaction de cet écrit, nous ne savons pas ce que sont les « fantômes », d’où l’appel à l’ignorance à leur sujet qu’ils soient spirituels ou réductionnistes.

Toutefois, à la lecture des travaux de l’ASSAP et de la SPR nous sommes en mesure d’en identifier les symptômes : voir une apparition, c’est le fait de constater une personne, un groupe de personnes, un environnement, des objets dont la présence est impossible.

L’interprétation spirituelle de ces phénomènes n’est qu’une hypothèse alors que c’est celle qui est prédominante dans la culture… Peut-être est-elle valide mais d’autres pistes existent loin des affirmations neurologiques et psychologisantes.

Les médiums en laboratoire

Si les parapsychologues ont voulu tester les médiums, c’est qu’ils faisaient leur travail de scientifiques.

C’est grâce à la recherche sur les « fantômes » que les parapsychologues ont fait progresser la recherche sur les hallucinations en tentant d’objectiver, de quantifier les cas crédibles, identifier les erreurs d’interprétations et lespathologies mentales. D’ailleurs, depuis 1894[2], la recherche scientifique pointait déjà que des individus saints pouvaient être sujets à des hallucinations sans qu’elles soient pathologiques, ce que corrobore la recherche actuelle au niveau des neurosciences et de la psychologie cognitive.

On regrettera juste comme à l’habitude, les raisonnements circulaires qui présupposent sans preuve que les « fantômes » sont des hallucinations ni en prenant en compte les nombreux contre-arguments qui mettent à mal cette affirmation.

Pour en revenir aux médiums, les parapsychologues ont juste voulu tester leurs affirmations, ce qui est la base du scepticisme scientifique et d’un juste esprit critique. Les médiums étudiés par l’IMI faisaient des affirmations extraordinaires. Certains prétendaient produire soit des apparitions, soit des ectoplasmes. Aubaine pour les chercheurs : enfin des fantômes à étudier sous conditions contrôlées !

Les savants de l’IMI de l’époque les testèrent et en tirèrent des conclusions. S’il y a eu des fraudes ? Oui.

Des erreurs ? Oui.

Mais les protocoles des parapsychologues se sont considérablement améliorés sur ce point.

Si l’auteur ne dénigre pas les parapsychologues et la recherche dans ce domaine, il est tout de même très clair que celivre transpire un regard amusé couplé à un humour des plus pesant par moments… Quelques petites piques cyniques qui sont bien loin, certes, de la mauvaise foi Brochiennedans lesquelles nous sentons toutefois que les parapsychologues de l’IMI ne sont pas impartiaux, voire des amateurs malgré les précautions prises :

Les exemples seraient nombreux… entre autres concernant les études de GELEY au sujet des ectoplasmes de KLUSKY :

« QUANT AUX IMPERFECTIONS ANATOMIQUES, VOICI COMMENT ELLES SONT EXPLIQUÉES DE FAÇON TRÈS LYRIQUE (ET OBJECTIVEMENT PARTIALE) PAR LE DOCTEUR GELEY ». (171)

Mis à part des critiques sur GELEY, l’auteur ne se sert nullement de ses compétences en anatomie pour apporter unregard technique. L’auteur n’intègre même pas la lecture de Mario VARVOGLIS[3] dans le cadre du chapitre sur KLUSKY. L’auteur s’en prend aussi à RICHET dans le cadre du debunking des productions ectoplasmiques du médiumLadislas LASSLO :

« CHARLES RICHET RENVERSE ALORS LA FRAUDE DE SON CÔTÉ, AVEC UN SOPHISME UN PEU AFFLIGEANT CAR, POUR LUI, CE N’EST PAS QUE LA SCIENCE MÉTAPSYCHIQUE S’APPUIE SUR DES AFFABULATIONS, MAIS QUE SES ENNEMIS TENTENT DE LA DÉCRÉDIBILISER. LA MEILLEURE DÉFENSE,C’EST L’ATTAQUE […] ». (179)

Charles Richet, la rigueur d’un Nobel au service de la recherche métapsychique…

L’auteur s’attarde sur les cas de fraudes et de charlatanisme. Toutefois, il n’y a pas plus de cas de fraude et decharlatanisme en parapsychologie que dans les autres disciplines académiques. S’attarder sur des cas grotesques ne relèvenullement de toute la recherche sur la médiumnité.

Pire, l’auteur prétend que toute la médiumnité se résume à des tours de magie :

« AINSI, TOUTE TRICHERIE DEVIENT PLUS DIFFICILE, VOIRE TOTALEMENT IMPOSSIBLE. FAUTE DEPOUVOIR POURSUIVRE CE QUI N’EST FINALEMENT QUE DES TOURS DE MAGIE BIEN FICELÉS, LES MÉDIUMS FINISSENT PAR ÊTRE DÉMASQUÉS OU PAR QUITTER LA SCÈNE. LE SPECTACLE EST FINI. ACTAEST FABULA ». (169)

Les propos de M. CHARLIER témoignent manifestement d’une méconnaissance de plus, puisque la médiumnité faittoujours l’objet de recherches scientifiques en laboratoire et revues à comité de lectures comme en témoignent les travaux de Julie BEISCHEL[4], SWARTZ[5] ou encore RADIN[6]

Du sexe et du bondage à l’IMI ?

Attention, certains passages risquent de choquer les âmes sensibles.

Les parapsychologues et les plus endurcis peuvent par contre se risquer à continuer de lire :

« LA « PAPESSE DES MATÉRIALISATIONS » EST SANS CONTESTE MARTHE BARRAUD […] AU COURS DE SA LONGUE CARRIERE DE MÉDIUM, CETTE VÉRITABLE « FONTAINE ECTOPLASMIQUE » AURA PRODUIT DESLITRES ET DES LITRES DE CETTE SUBSTANCE GLUANTE. […] UNE DE SES SPÉCIFICITÉS ÉTAIT SA NUDITÉ. L’IMI CONSERVE DE NOMBREUX CLICHÉS D’EVA SEINS, NUS DES FILETS ECTOPLASMIQUES REPOSANTSUR LA POINTE DE SES TÉTONS OU SUR LA SURFACE RUGUEUSE DE SES MAMELONS, DE FAÇON TRÈS SENSUELLE… TANT ET SI BIEN QU’ON SE DEMANDE SI L’ARTISTE A VOULU IMMORTALISER L’ANATOMIEINTIME D’EVA OU SES PRODUCTIONS MÉDIUMNIQUES ». (173)

« LE DÉPOUILLEMENT DES ARCHIVES DE L’IMI M’EN APPREND PLUS SUR CET ÉROTISME SPIRITE, AVECD’AUTRES CAS ÉTRANGERS, PAR EXEMPLE EN GRANDE-BRETAGNE ; OU SIX MORSURES APPARAISSENTSUR LA POITRINE

« POSSÉDÉE » DE QUINZE ANS (!) […] ON NOTE LA FORTE CONNOTATION SEXUELLE AVEC CESMORSURES AU SEIN. TOUJOURS CETTE NOTION DE

« DIVERTISSEMENT COQUIN », TRÈS PRÉSENTES DANS LA BOURGEOISIE ADEPTE DE SPIRITISME.TOUJOURS CETTE ENVIE IRRÉPRESSIBLE DE RELUQUER LES FEMMES MÉDIUM, QUE L’INTELLIGENTSIA MASCULINE, ENTRETENANT maîtresses ET FRÉQUENTANT PROSTITUÉES DES FAUBOURGS INTERLOPES,VIENT OBSERVER SOUS TOUTES LES COUTURES ». (175)

Partie la plus croustillante de ce livre. De tous les chapitres qui m’ont le plus surpris, j’avoue que celui-ci a retenu toutemon attention.

J’ai essayé de remettre les propos de M. CHARLIER dans leur contexte puisque l’auteur semble insinuer que l’étude de la médiumnité féminine à de nombreux points communs avec l’érotisme, voir avec de la pornographie.

Afin de faire preuve de clarté dans ce « bordel » si je puis dire, je me suis donc demandé comment M. CHARLIER a fait le rapprochement entre l’étude de la médiumnité et la projection des fantasmes de savants – voire de bourgeois – qui,pardonnez-moi l’expression, se rinçaient l’œil à défaut de faire de la science.

J’ai donc fait une recherche sur la pornographie au XIXsiècle et sa diffusion afin de comprendre les rapprochements (hasardeux ?) de l’auteur.

Ici Marthe Beraut (Eva Carrière de son nom de médium) produisant des ectoplasmes. Pour des raison de censure les photographies étaient retouchées comme on peut le voir sur l’image de droite, comparée à celle du dessus, mais le but de ces expériences relevait-il de la gaudriole ? On peut en douter…

J’ai ainsi abordé cette recherche sur un ton léger à l’image du livre.

Ainsi, n’étant pas assez téméraire dans le domaine et pour éviter de devoir me justifier auprès de ma femme si elle venaità consulter l’historique de mon PC, je me suis rabattu sur WIKIPEDIA qui propose à l’occasion des choses intéressantessur le sujet[7]:

« DERRIÈRE CETTE PRUDENCE, LE MOT « PORNOGRAPHIE » COMMENCE À PRENDRE UN SENSCONTEMPORAIN : CELUI D’UN DÉSIR CACHE ET REFOULE QUI VA COMMENCER À S’INSCRIRE CLANDESTINEMENT DANS DES ÉCRITS, DES PHOTOGRAPHIES, DES LIEUX. CERTAINES ŒUVRES SONTAUJOURD’HUI ENCORE CÉLÈBRES (PAR EXEMPLE « GAMIANI OU DEUX NUITS D’EXCÈS » ATTRIBUE DE FAÇON HYPOTHÉTIQUE A ALFRED DE MUSSET, OU BIEN L’ŒUVRE GRAVÉE DE FÉLICIEN ROPS). LA « PROSTITUÉE » DEVIENT L’UNE DES GRANDES FIGURES APOCRYPHES DU XIXe SIÈCLE C’ESTÉGALEMENT L’ÉPOQUE OU S’INVENTENT BIEN DES RITUELS QUI SE CONFONDENT AVEC LAPROSTITUTION ET LA PORNOGRAPHIE CONTEMPORAINE. LES JEUX DE CES « MESSIEURS » DANS LES « BORDELS » ET LE RAPPORT A LA « BONNE » CONSTITUENT L’ARCHÉOLOGIE DE LA MÉNAGÈRE ET DUFANTASME BOURGEOIS QUI S’ASSUMERA UN PEU PLUS VERS LA FIN DE CE SIÈCLE AVEC LES SPECTACLESDE THÉÂTRES ET CABARETS DE MONTMARTRE, COMME CEUX DU MOULIN-ROUGE ».

En quelques clics, il est facile de voir où l’auteur puise son « diagnostic » …

Quant à ce que semble insinuer l’auteur au sujet du côté glauque et coquin de l’étude de la médiumnité à l’image dessex-shops, je laisserai les chercheurs et parapsychologues allez davantage au « fond des choses » par rapport auxaffirmations étonnantes que soutien M. CHARLIER.

Le regard technique de l’auteur :

« QUE DE COMPLEXITÉ… MAIS SURTOUT, QUE DE CRÉDULITÉ CAR PARFOIS CERTAINS CLICHÉS SENTENT VRAIMENT LA SUPERCHERIE LORSQUE C’EST UN DESSIN GROSSIER QUI EST PLACE JUSTE À CÔTÉ DU SUJET VIVANT ». L’AMBIANCE, LA SUGGESTION, LA MAUVAISE CONNAISSANCE DE L’ART PHOTOGRAPHIQUE ONT JOUÉ UN RÔLE MAJEUR DANS L’ACCEPTATION ET LA DIFFUSION DANS « CET ART DU FAUX ».

 Les seules analyses techniques de l’auteur dans ce livre reposent sur l’analyse de 19 photographies spirites.

Si l’auteur à raison de dire que la plupart de ces clichés sont de grotesques simulacres, il n’aborde pas les photographiesde fantômes sur le terrain en dehors des photographies spirites qui sont légion.

Il est évident de dire que des photos n’ont aucune valeur de preuves mais il aurait été pertinent d’aller plus loin sur l’analyse des clichés dont la plupart aujourd’hui sont des artefacts, de la paréidolie, fakes, poussières ou encore insectespour les orbes.

Je dis bien la plupart et non la totalité mais une photographie restera toujours une photographie.

Dans le cadre des preuves des « fantômes » sur des clichés photographiques, les gens s’attendent à de l’extraordinairealors que les « fantômes » dans de nombreuses descriptions ressemblent à des personnes lambdas…

Ainsi, un cliché présentant d’emblée une image du fantôme tel qu’il est décrit dans la culture populaire doit mettre enéveil et en action notre indicateur de foutaises.

La voix des morts

La partie sur la tentative de communiquer avec l’au-delà par le prisme de la technologie est la plus intéressante mais pas assez développée.

Dans cette quête de contact avec l’au-delà, la position d’EDISON est des plus pertinentes : ce sont les innovationstechnologiques scientifiques qui permettront d’avoir des preuves ou du moins des supports d’analyses.

Et c’est dans l’héritage d’EDISON que s’inscrivent les pratiques en transcommunication et certaines techniques expérimentales qu’empruntent les chasseurs de fantômes ou encore des enquêteurs dans l’optique de quantifier ces phénomènes.

CHARLIER élabore également un passage plutôt positif dans lequel s’inscrivent les enquêteurs de l’étrange mais le sujet n’est pas assez développé, ce qui est bien dommage car c’est sur le terrain qu’on va chercher les « fantômes » et non pasdans les laboratoires de Persinger ou sur le divan de bavardologues.

Les fantômes par le prisme de la psychanalyse et de la psychologie

S’il existe des erreurs de perceptions, hystéries collectives et des pathologies qui font voir des fantômes qui ne sont pas à remettre en doute tant les travaux en psychologie anomalistique abondent, il convient d’être critique également vis-à-visdu réductionnisme pathologique de certains psychologues, psychanalystes ou de psychiatres.

 À titre d’exemple, un regard critique sur les travaux de WISEMAN, FRENCH ou encore HOURAN ne permet pas de réduire tous les cas d’apparitions à des erreurs d’interprétation, ni à de la suggestion ou des erreurs de perceptions causées dans un environnement spécifique[8].

Se pose alors la question si des psychologues bien orthodoxes ne se servent pas des fantômes pour étaler leurs propres fantasmes réductionnistes…

EN CONCLUSION

Le livre de M. CHARLIER est un ouvrage des plus légers sur le sujet des « fantômes » et très inégal.

Il est bien beau de parler d’esprit critique dans cet ouvrage mais comme à l’habitude ce sont ceux qui en parlent le plusqui en font le moins.

L’auteur ne parle pas vraiment des « fantômes » mais de ce qui gravite autour des fantômes aux XIXe.

En effet, le fil rouge de ce livre se développe uniquement par le prisme de l’appropriation spirite, théologique du phénomène, du retour du merveilleux et de l’art du XIXe siècle sans faire aucune référence sur la recherche de terrain. Demême que viennent faire les vampires et les fées dans ce livre ???

Cet ouvrage reflète une somme de raccourcis et d’amalgames des plus étonnants pour un travail censé reposer sur uneexpertise crédible.

Expertise qui repose tout de même sur les arguments d’autorité suivants de l’auteur : « Docteur en médecine », « docteurès lettres » et « docteur ès sciences ».

L’auteur ne parle pas ou peu de l’âge d’or de la recherche des fantômes sur le terrain et de la SPR depuis 1882. Même si lelivre se focalise en France, un parallèle avec d’autres structures et d’autres chercheurs aurait été bienvenu.

Il ne s’attarde même pas ou quasiment pas sur les grands noms d’hier et d’aujourd’hui, sur les apparitions commeMYERS, TYRELL, GREEN, UNDERWOOD, FORMAN, MACKENZIE, Louisa RHINE…

PRICE est juste cité dans le cadre d’un debunking, ce que ferait n’importe quel enquêteur du paranormal en quête devérité (Bien que PRICE ait été vivement remis en question sur l’affaire de BORLEY).

Pour faire simple, le livre parle plus du spiritisme que des fantômes ce qui est très étonnant car on s’attend à uneautopsie sur le sujet et non sur le spiritisme.

Si l’auteur a raison de se questionner à qui profitent les fantômes en cet âge d’or de la parapsychologie en France et decibler certains médiums pour en faire un phénomène de foire digne de la petite boutique des horreurs, l’épisode du spiritisme ne reflète en aucun cas la somme des recherches et de la richesse dont témoignent les apparitions et lespoltergeists.

Si l’on pose un regard critique sur les apparitions, les « fantômes » n’ont pas attendu le spiritisme pour se manifester, ni les médiums. À titre d’exemple, le philologue Irving FINKEL[9] est parvenu à retrouver les premières observations de fantômes et leurs interprétations culturelles à l’époque des Babyloniens, voire plus encore… Ce qui nous amène auIIe millénaire av. J.‑C et bien avant la célèbre anecdote de Pline le jeune au sujet des fantômes en 61 et 62 après J.-C.

Il est donc fallacieux d’affirmer que les « fantômes » sont donc « une invention médiévale » ou « religieuse » mais bien un phénomène singulier qui traverse les âges, dont les cultures, les religions, les spirites, les psychologues, les anthropologues, les chasseurs de fantômes et j’en passe, tentent de comprendre ce qu’ils sont et de leur donner du sens.

D’autre part, à la lecture des dossiers sur le sujet, les apparitions semblent se manifester dans n’importe quels endroits, et pas rarement dans des vieux châteaux, des cimetières abandonnés ou des lieux témoins d’événements tragiques.

Dans la réalité, le « fantôme » ne fait pas dans le spectacle ni la suggestion, contrairement à ce que prétend l’auteur.

L’auteur ne déstructure pas le phénomène pour mieux le repenser et en tirer toute la quintessence.

Exit également le questionnement approfondi au sujet de ce phénomène qui s’adapte à toutes les époques et les cultures… l’auteur n’interroge que très superficiellement sur le côté archétypal du phénomène qui se renouvelleconstamment et qui s’adapte à notre technologie pour se focaliser uniquement sur le spiritisme qui n’est absolument passynonyme des manifestations.

Les gens qui observent des fantômes, qui font l’expérience des hantises de manière spontanée ne font pas de spiritisme, et ne s’isolent pas dans le noir ou dans des conditions spécifiques pour voir le phénomène. Bien souvent, les gens fontl’expérience du « fantôme » sans le chercher. C’est le phénomène qui s’impose à eux et non pas l’inverse en général.

Ce n’est pas non plus dans les laboratoires de Persinger ou d’Olaf Blanke que l’on voit des « fantômes » mais dans deslieux le plus souvent ordinaires et dans nombre de cas en plein jour… Rajoutons également que plus de 10 % des apparitions sont observées par plusieurs témoins simultanément selon la SPR.

Pourquoi se focaliser sur les médiums qui font des mises en scène où tout est fait pour dans un nombre non négligeable de cas pour en tirer des conclusions hâtives ?

Associer la figure du fantôme à un revenant n’est pas un scoop et ne relève en rien d’une enquête inédite. C’est aucontraire le cliché par excellence délivré par la pop culture.

L’auteur aurait pu traiter le fantôme par le prisme du spiritisme en un seul chapitre mais il n’en est rien. Rapidement, lelecteur doit faire face à une overdose d’Alan KARDEC et de spiritisme, alors qu’il n’y a pas vraiment de rapport avec le sujet si ce n’est la tentative de l’appropriation du phénomène à tort ou à raison à travers une lecture spirituelle qui est,dans l’absolu, non condamnable et profondément humaine.

Pourtant, rapprocher la croyance aux fantômes avec le spiritisme et le surnaturel est un double paralogisme. Il n’a pasfallu attendre que Kardec se manifeste pour communiquer avec l’au-delà ou des êtres “supérieurs” (chamans, oracles,devins…) dans une quête de vérité et de sens.

D’autre part, M. CHARLIER se focalise principalement sur les médiums et les spirites qui faisaient du paranormal dudivertissement au XIXsiècle dans un spectacle des plus grotesques pour la plupart. Ce même goût du spectacle que l’onretrouve d’ailleurs en effet dans des épisodes de chasse aux fantômes sur Youtube… Mais cela reste et restera du divertissement.

Enfin, dans le cadre de son livre, M. CHARLIER se demande pourquoi des chercheurs et des érudits de renoms croyaient ou croient encore aux « fantômes » comme une portion non négligeable de la population mondiale

À sa question, je lui répondrai cette citation suivante de CIORAN :

« N’a de conviction que celui qui n’a rien approfondi ».

Autopsie des fantômes, le livre du docteur Charlier a été publié chez Tallandier.

 

[1] Vers une sociologie anomalistique : Le paranormal au regard des sciences sociales (Français) Broché – 29 août2019

[2] Pascal THEBEAUD La presse et les maisons hantées aux éditions PG COM

[3] https://www.metapsychique.org/les-moulages-ectoplasmiques-de-kluski/

[4] https://www.windbridge.org/about-us/beischel/

[5] https://psychology.arizona.edu/users/gary-schwartz

[6] https://www.deanradin.com/recommended-references

[7] https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=wikipedia+pornographie

[8] https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fpsyg.2020.01328/full

[9] The First Ghosts Finkel Irving à paraître le 28 octobre 2021 aux éditions Hodder et Stoughton.

 

 

 

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Jean-Michel Grandsire

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